La vie d’Eugène Lefaucheux

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Toute personne qui s’intéresse de près ou de loin à l’histoire des armes du 19e siècle connaît, a entendu ou lu quelque chose sur Eugène Lefaucheux, le père du revolver à broche modèle 1854 accepté par la Marine Française comme arme réglementaire.

Revolver vendu à travers le monde et à plusieurs Gouvernements Européens pour l’équipement de leurs officiers.

Mais qui est-il vraiment ?

Eugène Gabriel Lefaucheux, fils de Casimir.

Eugène est né au 10 rue Jean–Jacques Rousseau à Paris le 14 Septembre 1832.

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« Maison de Casimir Lefaucheux à Ponts de Gennes »

L’instruction d’Eugène est faite par un prêtre lors de l’installation à Ponts de Gennes dans la Sarthe, après la vente de l’entreprise de son père à Mr Jubé en 1835.

C’est probablement à l’âge de 13 ans, lors du retour de la famille à Paris en 1845, qu’Eugène commence son apprentissage dans l’arquebuserie, d’abord dans l’atelier familial, suivi de différents stages de perfectionnement et d’observation en France et en Belgique, bien conseillé, présenté et surveillé par son père.

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« Eugène Lefaucheux en 1848 »

Déménagement le 16 Mars 1850 (signature du bail) vers la célèbre adresse du 37 rue Vivienne.

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« Exposition de Londres en 1851 »

C’est lors de l’exposition de Londres en 1851 qu’Eugène rencontre Samuel Colt.

Cette rencontre a eu une influence indéniable sur Eugène.

Il s’inspirera des méthodes de fabrication « industrielle » dans les usines Colt pour les imposer dans ses propres ateliers et fera de cette conception son idéal professionnel.

Eugène ne fera pas son service militaire puisque son numéro (417) n’est pas tiré au sort.

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Il peut donc se consacrer pleinement à la reprise des activités de son père, qui meurt le 9 Août 1852 à son domicile du 37 rue Vivienne.

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« Jules Gévelot »

Il reprend contact avec Jules Gévelot, fils du créateur de la Société de Munitions, qui avait acheté à Casimir Lefaucheux le brevet de cartouches et qui décidera de l’issue de la carrière d’Eugène, car Jules Gévelot réussit à convaincre Messieurs Bigot et Binard d’aider Eugène Lefaucheux.

Il lui ouvre aussi les portes des différents Ministères, dont celui de la Guerre puisqu’il y est déjà bien introduit.

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« Dessin du brevet du 15 avril 1854 »

Eugène Lefaucheux dépose son premier brevet le 15 avril 1854 (brevet 019380) revolver qui n’existera que sur le papier.

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« Dessin de l’additif du 4 novembre 1854 »

Le 4 novembre 1854 il dépose le premier additif au brevet du 15 avril.

C’est ce modèle, qui servira aux 1ers essais.

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« Le LF 28, un des tous premier revolver modèle 1854 »

Son revolver 1854 est admis le 16 septembre 1854 dans la compétition avec Colt et Adams pour le renouvellement de l’armement de la Marine.

Le trio, Lefaucheux, Bigot et Binard créera le 14 janvier 1855 la première société « E. Lefaucheux et Cie. ».

Le siège social se situe chez la mère d’Eugène au 37 rue Vivienne.

Très vite, le 24 mars 1855, suit une seconde société, qui prendra la relève de la première avec l’arrivée dans le capital, de Monsieur Henry Fernandez Patto, négociant d’origine de Bayonne, qui lui ouvrira le marché Ibérique.

L’atelier du 37 ne suffit plus et il est freiné dans son développement par un article anodin du bail de location. C’est pour cette raison qu’Eugène se voit dans l’obligation de trouver un autre lieu de fabrication, afin de répondre à la demande croissante.

Ce sera Monsieur Binard, qui lui louera 2 ateliers au 9 et 9 bis rue Lafayette.

Le 2 janvier 1856, Eugène Lefaucheux signe son premier marché avec la Marine, pour la fourniture de six revolvers modèle 54 : trois à canons rayés, les autres à canons lisses.

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« Revolver 7 mm en double action » 

Le 5 septembre 1856, Eugène Lefaucheux dépose le brevet du « petit pistolet » dont le mécanisme double action à balancier sera une réussite commerciale. (Brevet 29055, le modèle le plus vendu en DA sera le 7 mm.)

La « gloire et la reconnaissance » arrivent avec la signature et la vente partielle de son brevet du 15 avril 1854 à la Marine Française le 8 mai 1858.

Dès lors, l’évolution du «58 de Marine» échappe à notre inventeur.

L’usine de la rue Lafayette fabrique de son côté le «1854 civil à vocation militaire», très voisin du modèle réglementaire.

Ce sera le produit phare d’Eugène, celui qui assurera sa renommée mondiale et sa fortune.

Tout de suite après l’acceptation par Eugène des conditions imposées par la Marine, la production de 1500 revolvers est lancée à la Manufacture de Saint Etienne et la société « E. Lefaucheux et Cie. » touche sa première prime.

250 de ces armes seront réservées pour la Division de l’Indochine et embarquées sur le Darne au début de 1859.

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« Fusil issu du brevet de 1859 » 

Première incursion dans les fusils avec le brevet 043104 du 5 décembre 1859 : pour un fusil et pistolet à carcasse métallique, canon fixe, avec culasse et éjecteur mobile.

A l’étroit au 9 rue Lafayette et le contrat en poche, Eugène recherche depuis plusieurs mois un terrain afin de pouvoir répondre aux demandes grandissantes.

Le 11 octobre 1858, il signe au nom de la société E. Lefaucheux et Cie. l’acte d’achat d’un terrain au 104 rue Lafayette. Les travaux de construction débutent juste après et en moins d’un an nos quatre associés y construiront une usine très moderne et très performante avec une machine à vapeur de 12 CV et son générateur de 25 CV. Les usines Lefaucheux sont capables de fabriquer 1200 revolvers par semaine en partie grâce à l’utilisation de la fonte de fer, plus facile à travailler que les blocs de fer ou d’acier.

Le cadastre de son côté, compte en 1860, 170 étaux et 170 ouvriers et en 1863 ces chiffres passent à 196 étaux et 225 ouvriers.

Le siège social quitte le 37 rue Vivienne, pour s’installer au 9 rue Lafayette le 1e janvier 1860, donnant de fait, naissance à la 3ème société.

Monsieur Binard meurt le 8 Août 1860, suivi le 22 octobre 1861 par Monsieur Bigot (d’une maladie de cœur).

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« Eugène Lefaucheux vers 1862 » 

En 1862 Eugène a 30 ans, il dirige une affaire florissante, mais n’est pas encore marié.

Il demandera la main de Marie-Louise Elisabeth Bigot, fille de son associé mort quelques mois avant.

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« Brevet de 1862 consacré à la Triple Action »

Le brevet 55784 du 27 septembre 1862 donne naissance aux armes en Triple Action.

Constance Françoise Faivre, Veuve de Casimir Lefaucheux, âgée de cinquante-deux ans décède à son domicile du 37 rue Vivienne, le 2 janvier 1863.

La disparition de Madame Veuve Lefaucheux entraîne des modifications dans la gestion de la Maison du 37 rue Vivienne.

Les enfants de Casimir et Constance Lefaucheux signent une procuration devant le notaire Me Desforges, le 21 février 1863, afin de transmettre la gestion et la gérance de la « Maison Lefaucheux » du 37 rue Vivienne au couple Laffiteau.

Un seul brevet sera pris en cette année de 1864, pour un revolver à canons superposés, avec un barillet à double rangée et mécanisme en Triple Action

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« Château de Bruyère le Châtel »

Afin d’héberger sa famille et concrétiser sa réussite professionnelle, Eugène achète le 11 Novembre 1864, au Baron Charles, le château de Bruyères le Châtel. Eugène sera le 10ème propriétaire depuis 1297, de la seigneurie des frères de l’hôpital de Saint Jean de Jérusalem.

La place de Liège intéresse beaucoup Eugène, pour le savoir-faire en arquebuserie et le nombre impressionnant d’armuriers plus ou moins connus. Il décide en décembre 1864 d’y implanter une succursale et achète le 2 mars 1865, le 13 quai Fragnée à Liège.

Le tribunal de commerce de la Seine dissout la Société E. Lefaucheux et Cie. le 3 juillet 1867, et prône sa liquidation.

Celle-ci sera vendue par adjudication le 31 août 1867 au cours d’une vente à l’audience des criées.

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« Affichette de vente »

A la suite de l’adjudication, Eugène Lefaucheux devient seul propriétaire foncier et seul exploitant des usines de Paris et de Liège.

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« Napoléon III et Eugénie vers 1867 »

Le redémarrage de la production de la Maison Lefaucheux sera assuré par l’adoption par l’armée Française du fusil Chassepot en 1866, ce qui va surcharger les Manufactures de l’état et permettre à la maison Lefaucheux de décrocher à l’automne 1867 un marché pour la transformation de 40.000 fusils Dragon en fusil à tabatière.

Le 23 mars 1868, la Marine demande la fourniture de 4000 pistolets-revolvers avec système à broche, mais le marché ne sera pas conclu puisque l’armée abandonne la cartouche à broche pour la percussion centrale. Après de multiples modifications, naîtra le légendaire « revolver modèle 1870 »

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« Revolver 1870 civil » 

Le contrat pour la fourniture de 4000 revolvers « modèle 1870 » à percussion centrale est signé à Paris avec le Ministère de la Marine, le 10 février 1870, moyennant un prix de 40 fr par revolver.

Ce contrat ne sera reconduit, honoré et exécuté qu’en 1872, après la guerre et la Commune.

A partir de 1869, notre inventeur abandonne définitivement le revolver pour ne s’intéresser qu’au fusil de fabrication industrielle.

Quand éclate la guerre de 1870, Eugène envoie sa femme, ses trois enfants ainsi que sa sœur, Madame Waroquet, passent l’hiver en Suisse, à Vevey. Eugène se fait établir un laissez-passer permanent pour l’Angleterre et la Belgique. Il se met à la disposition du gouvernement et on l’expédie en Angleterre pour acheter des armes. Ne comprenant pas l’Anglais, il ne tarde pas à saisir qu’il ne pourra pas signer les marchés qu’on proposait et il rentre en Belgique. Courant janvier 1871, la famille Lefaucheux quitte la Suisse pour Liège.

Eugène Lefaucheux a 39 ans ; fatigué, il commence à avoir des soucis de santé.

Il a des problèmes rénaux et urinaires.

A partir de 1873 la production Lefaucheux est très réduite.

Le « 70 » sera son dernier modèle d’arme de poing.

La clientèle privée est sollicitée par une concurrence sévère.

L’Armée vient d’adopter le revolver Chamelot-Delvigne.

L’usine de Liège est mise en vente sous la responsabilité de Gustave Bronne. La signature de vente à Monsieur Dacier a lieu le 9 octobre 1873, néanmoins Eugène Lefaucheux garde son droit de poinçonnage.

En 1874 Eugène débute sa décentralisation en achetant « l’ancienne usine de Trémerolles » à Bruyères le Châtel, tout près de son château.

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« Nouvelle adresse, nouveau marquage »

Le magasin parisien du 194 rue Lafayette est transféré au 32 rue Notre Dame des Victoires (Bâtiment appartenant à Jules Gévelot : signature du bail le 15 juin 1875).

Les brevets déposés par Eugène tombent dans le domaine public, c’est la fin des royalties et pour ainsi dire la fin de l’activité industrielle.

En 1877, l’usine de la rue Lafayette, inoccupée, va permettre à Eugène de se convertir en promoteur.

Il la fait raser et construit un immeuble de rapport sur son terrain du 196 rue Lafayette ; deux immeubles identiques, type Haussmann, de cinq étages carrés et un sixième mansardé, l’un sur la rue, l’autre au fond de la cour.

En 1878, une construction identique remplacera les locaux industriels du 192 et 194.

Le magasin transféré, les ateliers de la rue Lafayette démontés, l’usine de Trémerolles prend le relais des ateliers Parisiens à partir de 1877.

Charles Guth y installe sa femme et ses enfants.

Le moulin sur la rivière « La Renarde » occupé par une filature au début du 19e siècle, se transforme en ateliers, où seront fabriqués les 4400 tubes à tir de calibre 37 mm pour canons Hotchkiss, pour le compte de la Marine en 1878, puis 1000 autres en 1880. L’usine emploiera jusqu’à 150 ouvriers.

Eugène s’occupe de l’aménagement de son domaine et l’exploitation de la ferme qui remplaceront progressivement l’activité industrielle.

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« Couverture de catalogue Maison E. Lefaucheux: Chevalier & Dru »

Le 15 novembre 1881, Eugène Lefaucheux cède, à la société Chevalier et Dru son installation Parisienne, soit le fonds de commerce, le nom de la Maison E.Lefaucheux (pour éviter la confusion avec celle de son beau-frère Laffiteau), les marchandises entreposées rue Notre Dame des Victoires ainsi que l’exploitation de son brevet 131.616 avec ses additifs.

Il garde l’usine de Trémerolles pour terminer à son propre compte les commandes de tubes à tir.

Dans l’acte de vente, il est spécifié l’interdiction à Eugène de fabriquer ou faire commerce d’armes.

L’usine cessera toute activité vers 1887.

Eugène finit par acheter une maison le 25 mars 1891 à Cannes ; la villa Sainte Marguerite, située dans le quartier de la Bocca.

Il n’aura pas le temps de pleinement profiter du soleil ni des bienfaits du Sud, car il y meurt le 24 mars 1892 terrassé par une congestion cérébrale devant une lettre restée inachevée…

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Comme son père, il repose dans le caveau familial au cimetière de Montmartre à Paris.

lefaucheux54@yahoo.fr

www.lefaucheux.net

Le LF 161 , Carabine revolver en Calibre 28.

Le « LF161 » :

La carabine-revolver « LF161 » fait partie de ce qu’on appelle la « 1ère série » des modèles 1854, puisque l’arrière de la culasse est en forme de « chapeau chinois ».

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Néanmoins sa fabrication a dû intervenir vers la fin de cette série puisque la portière de chargement est déjà équipée d’une lèvre de pincement.

Ce détail apparaît sur les revolvers 1854 et sur les 7 mm en Double Action vers Juin1857.

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Poinçons et marquages :

Comme pour l’ensemble des 1854, on retrouve le numéro « LF161 » sur l’embase droite.

Un numéro d’assemblage sans lettre : « 18 ».

Sur le dessus du canon, en lettre cursives : « Zaoue à Marseille »

« La maison Georges Zaoue :

Situé à Marseille, Place Royale durant la période 1841 à 1870.

Zaoue est fabricant mais néanmoins et principalement finisseur-revendeur  puisque son nom figure fréquemment sur des armes sortant des ateliers d’Eugène Lefaucheux »

Caractéristiques techniques :

Poids à vide : 3550 grammes

Longueur totale de l’arme : 1120 mm

Longueur du canon : 668 mm

Calibre : Octogonal sur toute la longueur avec un guidon surmonté d’un grain d’orge.

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  • Intérieur du canon : Lisse
  • Entrée : 14.5 mm.
  • Sortie : 14.2 mm.

Fixation du canon : vissé sur l’axe central et maintenu par une vis à l’embase par le pontet

Embase de la cage du barillet :

  • Largeur : 26.2 mm / 19.3 mm.
  • Epaisseur : 10.8 mm / 7.2 mm.

Fixation du socle à la carcasse : par 3 vis.

Mécanisme : Simple Action uniquement.

Barillet : 6 coups, Calibre 28 à broche

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  • Entrée drageoir : 16.8 mm / 15.9 mm
  • Sortie drageoir : 14.9 mm
  • Diamètre : 59.8 mm
  • Longueur: 56 mm et 60.5 mm avec le rochet.
  • Arrêtoir de blocage : de 7.4 mm / 2.3 mm.

Culasse :

  • Diamètre : 70 mm en forme de « chapeau chinois »
  • Epaisseur du bord : 6 mm
  • Epaisseur au centre : 27.2 mm
  • Portière de chargement : avec lèvre de pincement.

Grand ressort : En « V », fixé par une grosse vis sur la queue de sous-garde.

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Chien : Crête relevée, et tête en demi-cercle avec une entaille pour prendre la visée.

Ressort de rappel de détente : En L, placé sur la gauche.

Pontet : Type volute.

Baguette d’éjection : En forme de « tête de clou » permettant de repousser les douilles hors du barillet.

Crosse : Type « Anglaise », avec plaque de couche.

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