Le fidèle compagnon d’Eugène, Charles Guth.

Charles Guth ( 1826 – 1890 )

A ce jour, ce fameux Monsieur Guth, décrit comme « L’alsacien Guth », ou « Le fidèle serviteur Guth » plane comme une ombre tout au long de la carrière et de l’histoire d’Eugène Lefaucheux.

Qui est-il vraiment ?

  • Selon certaines sources il aurait rencontré Eugène Lefaucheux lors de leur apprentissage à travers l’armurerie Européenne.
  • Ont-ils sympathisé et ont-ils mis leurs idées en commun ?
  • Il aurait eu une réputation d’ajusteur hors pair, comme Eugène Lefaucheux.
  • A t-il participé activement aux réalisations des modèles et brevets d’Eugène ?
  • Tout au long de sa carrière, Charles Guth se déclare « mécanicien ».
  • Est-il à l’origine et responsable de la mécanisation des ateliers de Paris, de Liège et de Trémerolles?

« Définition de l’emploi/métier de Mécanicien – Armurier :

Ajuste, monte et contrôle des pièces mécaniques en respectant des plans, des spécifications et des tolérances.                                                          

Réalise des opérations d’usinage (perçage, grattage…) qui s’intègrent dans les activités d’ajustage et de montage.                                                                                        

Le degré de précision de celles-ci est variable en fonction du produit et peut aller au-dessous du millième de millimètre (micron).                                           

Peut parfois être amené à effectuer un traitement thermique sur une pièce (chauffage, trempe….)

Peut aussi assurer la mise au point de l’ensemble monté, après contrôle.            

L’emploi/métier s’exerce le plus souvent en atelier, mais aussi sur chantier.           

L’activité est variée et permet une initiative dans le déroulement du processus opératoire (choix de la suite des opérations à réaliser).                                

L’activité exige généralement de posséder une bonne acuité visuelle et de supporter une station debout prolongée.                                                                                            

L’environnement de travail peut être plus ou moins bruyant, dans un atelier soumis à la lumière artificielle.                                                                                    

Les conditions d’ambiance et d’environnement varient et peuvent comporter, dans certains cas, des nuisances (bruits, poussières, odeurs…). »

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Charles Guth est né le 7 novembre 1826 à Katzenthal près de Colmar en Alsace, fils d’Antoine Guth et d’Anne-Marie Kauffmann.

Antoine Guth né à Altorf le 22 juin 1788, est instituteur de primaire et secrétaire de mairie dans la commune de Katzenthal.

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« Liste des enseignants du canton en 1817 »

Son père mourra le 14 février 1846 dans la commune à l’âge de 58 ans.

Anne-Marie Kauffmann est née dans la commune Katzenthal le 4 avril 1796.

Le couple ce marie en la mairie de Katzenthal le 26 juin 1817 et auront 12 enfants.

Anne-Marie mourra dans la commune après la naissance de ses jumeaux Gervais et Protais, à savoir le 24 mai 1833 à l’âge de 37 ans.

C’est très probablement après le décès de son père et son apprentissage terminé que Charles Guth montera à Paris pour y trouver un emploi.

Sa future femme Augustine Manguin est née le 26 décembre 1835 sur le domaine de sa famille à Saint Germain de la Coudre, dans l’Orne, en limite de la Sarthe.

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Petit village pittoresque au fin fond du Perche, principalement agricole, qui ne se trouve pas très loin de Bonnétable, berceau des Lefaucheux.

Après la naissance de son frère, Gustave Cyprien, le17 septembre 1839 dans la commune de Saint Germain de la Coudre et avant le mariage de sa sœur ainée Cécile Françoise Julie, le 17 novembre 1849 à Paris, l’ensemble de la famille s’installe dans la capitale.

Son père Jean, tailleur de pierres, mourra à l’âge de 48 ans, le 1 février 1850 et sa mère, Julie Bois, le 3 août 1854 à l’âge de 43 ans.

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« Archives de Paris , extrait de mariage » 

Augustine et Charles se marient à la Mairie du 1er arrondissement de Paris, le 6 mai 1856.

Un fils, Léon naît en 1860 après une fille, Cécile Amélie (née en 1858), déclarée morte à l’âge de 2 ans et demi, en mairie du 10ème arrondissement de Paris, le 27 avril 1861.

Charles travaille déjà pour Lefaucheux puisque sur l’extrait, il déclare être « mécanicien », habitant 19 rue du Chaudron.

(Le témoin sur la déclaration est un certain « Hippolyte Larenaudie », armurier demeurant également 19, rue du Chaudron).

Depuis l’acceptation du modèle 1854 par la Marine Française en 1857, le démarrage de la production au 37, rue Vivienne, 9 et 9bis rue Lafayette et ensuite au 104 rue Lafayette, Eugène Lefaucheux recrute activement toute personne douée de ses mains, ayant connaissance des armes, pour répondre à la demande qui afflue de toute part.

Guth est probablement embauché à cette période.

Lefaucheux est obligé de quitter le 37 Rue Vivienne à cause d’une clause « d’interdiction d’installation de machinerie lourde » dans le bail de location, ce qui entrave les projets de développement de la société E. Lefaucheux et Cie. créée en 1855.

Guth seconde Eugène dans les mises au point des modèles et surveille la fabrication sous la houlette de Mrs Bigot et Binard.

A la suite de leur mort (1860 et 1861) et du départ de Mr Patto (1864), Guth prend la place qu’il ne quittera plus, à savoir : Compagnon fidèle et dévoué d’Eugène Lefaucheux.

Un autre fils naît le 19 mai1865 à Paris, Ernest Gustave Guth.

Le 30 Août 1865, il part rejoindre Joseph Bronne à Liège pour la mise en place de la production dans l’usine nouvellement créée, quai Fragnée

Dans l’inventaire de la société « E. Lefaucheux et Cie » de 1867, du quai Fragnée à Liège il est mentionné y ayant son bureau.

Après avoir fait l’acquisition du Château de Bruyères le Châtel en Novembre 1864, ainsi que de plusieurs autres parcelles de terrains, Eugène Lefaucheux achète le 26 mai 1874 le Moulin de Trémerolles pour 14.700 francs.

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Moulin qu’il transformera et qui, à partir de 1877, abritera l’usine de fabrication d’armes.

Charles Guth suit Eugène Lefaucheux à Bruyères et s’installe à Trémerolles.

Sa femme et lui  déclarent, le 20 octobre 1881 à la Mairie de Bruyères le Châtel, la naissance de leur fille.

En honneur de son maître, Charles prénomme sa fille Marguerite Andrée qui sont les prénoms des enfants d’Eugène.

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Charles Guth déclare le hameau de « Trémerolles » comme son habitation ; Eugène et lui continuent la réflexion et le développement de leurs idées sur les fusils, ainsi que la réalisation des tubes à tir pour canons revolvers  Hotchkiss.

Après la vente des Etablissements Lefaucheux à Chevalier et Dru, (où Eugène Lefaucheux reste conseiller) s’installe un échange de courrier ; dans une de ces lettres on peut lire :

« La réception des tubes est arrêtée, le frère de Mr Dechambre reçoit en ce moment les têtes cuivre.
Il veut absolument voir Guth avec les calibres que son frère a poinçonnés. »

Preuve que Guth a pris une place active et des responsabilités dans l’organisation d’Eugène Lefaucheux.

Ce dernier devient éleveur et agriculteur, s’essayant aux machines agricoles, aux recherches sur la voiture à charbon.

Il rêve d’une roulotte avec atelier pour sa femme.

Dans une autre lettre en date du 14 février 1882 entre Lefaucheux (à Cannes) et Chevalier, il est question de Guth concernant les tubes.

Durant les absences d’Eugène Lefaucheux pour ses problèmes de santé, c’est donc Guth qui a la responsabilité des ateliers.

Extrait d’une autre lettre entre Chevalier et Lefaucheux (en cure à Luchon) le 8 juillet 1882 :

« Mr Dechambre aîné est au Havre, il revient aujourd’hui, c’est lui qui vérifiera les 4000.
J’ignorais complètement que c’était son frère qui devait venir le jour où Guth est venu.
J’écris à Guth pour lui demander qu’il fasse le nécessaire pour que nous livrions les premiers à la fin de ce mois-ci. »

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Autre lettre directement de Chevalier à Charles Guth, le 27 Août 1882:

« Paris le 27 Août 1882

Cher Monsieur Guth,

Notre fraise à chambre calibre 16 vient de se casser; vous devez penser combien cela nous gêne en ce moment.
Si vous en avez une, veuillez, je vous prie nous la faire parvenir le plus tôt possible, vous nous rendrez grand service, aussitôt après l’ouverture nous vous la retournerons.
Les affaires vont très bien en ce moment.

Bien à vous
Chevalier et Dru

Avez vous eu la visite de la Marine ?

Lettre du 28 mars 1885:

« Paris le 28 Mars 1885

Monsieur Lefaucheux

Je viens de voir Mr Dechambre qui désire avoir le plus tôt possible les outils vérificateurs des tubes que vous avez à l’usine et qui sont la propriété de la Marine.
Comme voilà pas mal de fois qu’il nous les réclame, je viens vous prier de vouloir bien écrire à Guth de nous les envoyer.
Mr Dechambre doit venir Mardi les chercher.
Veuillez agréer je vous prie les sincères salutations de votre bien dévoué.

Chevalier »

Lors du recensement du village de Bruyères le Châtel en 1886, la famille Guth est toujours présente.

Charles Guth, de nationalité française, déclare avoir 60 ans et être « mécanicien, chef de ménage », être toujours marié avec Augustine et avoir 2 enfants à charge, Ernest (21 ans) et Marguerite (4 ans).

Léon, 25 ans a déjà dû quitter le berceau familial.

En 1887, l’usine de Trémerolles cessera toute activité.
A la cessation d’activité, l’ensemble de la famille quitte Bruyères les Châtel et s’installe sur le domaine des Manguin à Saint Germain de la Coudre.

Charles Guth a 60 ans lors de ce déménagement.

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« Pierre tombale de Charles Guth »

Charles Guth meurt, le 4 janvier 1890 à 7 heure du matin, dans la rue au niveau du 9 rue des Dames, probablement en venant ou en allant dire au-revoir à sa nièce Marie Thérèse Guth (mariée le 24 octobre 1889 à Jean Baptiste Fées et habitant au 60 rue des Batignolles)

Le couple Fées est en partance pour Rome où Jean Baptiste doit prendre un poste de cuisinier à la Villa Malta – Porta Pinciana.

Lors du recensement de la population en 1891 et 1896, Augustine, sa fille Marguerite (sauf en 1896) et son fils Ernest habite « Le Bourg » de St Germain de la Coudre.

Augustine se déclare « rentière », Ernest est « sans profession ».

Marguerite Andrée, sa fille, se marie une première fois avec Tathéossian Margar Ohannès (25 octobre 1868 – 23 janvier 1822), sujet Ottoman, né à Bagdad, le 31 juillet 1900 à l’âge de 18 ans devant Mr Antoine Bricourt, officier de l’état civil à la Mairie de Saint Germain de la Coudre.  Margar est docteur en médecine.

Ils enterrent leur fille Suzanne à Saint Germain le 1 avril 1905.

Lors du recensement de 1911, Augustine vie seule au Bourg, pas de trace d’Ernest, ni de Léon.

Marguerite et Margar habite aussi St Germain de la Coudre.

Léon Guth après s’être marié avec une demoiselle Mand et avoir enterré ses deux enfants, Jeanne en 1908 et Edmond en 1913, meurt en 1915.

Ils reposent dans le cimetière de Saint Germain de la Coudre.

Ernest Guth meurt célibataire à l’age de 50 ans et est enterré à Saint Germain de la Coudre en 1915.

Marguerite Andrée se marie une deuxième fois le 20 décembre 1923 à la mairie du 13ème arrondissement de Paris avec Khalarian Grégoire, chauffeur de taxi, (né en Turquie le 1 Avril 1884).

Marguerite Andrée Guth se déclare sans profession et veuve de Thatéossian depuis le 23 Janvier 1922.

Augustine Cécile Manguin, l’épouse de Charles se déclare sans profession et habitant Saint Germain de la Coudre.

Elle meurt en 1929 à l’age de 93 ans et sera enterrée auprès de Charles dans le cimetière de St Germain de la Coudre.

Le deuxième mari de Marguerite Andrée meurt le 24 juillet 1949 et sera enterré dans une tombe voisine du premier mari.

Marguerite Andrée mourra le 6 décembre 1973 dans la commune de Saint Germain de la Coudre et avec elle la branche des Guth s’éteint définitivement. (Les différentes tombes des Guth ne semblent pas être entretenues, ni suivies depuis la mort de Marguerite en 1973.)

® et © Lefaucheux, juillet 2016

Sources :

http://www.crepin-leblond.fr/livres/750-eugene-lefaucheux-ou-l-apotheose-de-la-saga-familiale-9782703003786.html

  • « La production des modèles d’Eugène Lefaucheux » chez Crépin-Leblond

http://www.crepin-leblond.fr/livres/602-la-production-des-modeles-d-eugene-lefaucheux-9782703004103.html

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« Katzenthal aujourd’hui »