Georges Pilotell.

De son vrai nom Georges, Raoul, Eugène Pilotelle, Pilotell est aujourd’hui considéré comme un caricaturiste de la Commune de Paris.

Le journaliste et homme politique Henri Rochefort lui donna le nom de « Pille – Hôtel » …..

Né le 17 février 1845 à Poitiers, de Pierre Eugène Pilotelle, Adjoint au Maire, Juge suppléant au Tribunal de première instance, et de Clarisse Labady, le jeune homme se destine au dessin. Il bénéficie d’une bourse pour venir étudier à Paris.

Mais là, accusé de paresse, il voit cette aide supprimée et se retrouve à faire des caricatures pour gagner sa vie.

Il collabore ainsi à plusieurs journaux de l’opposition républicaine, dont le célèbre « Charivari » ou encore « la Rue », de Jules Vallès.

« George Pilotell avec un 1854 à la ceinture »

Le graphisme était pour lui l’ultime moyen de réagir à l’actualité avec une totale liberté d’expression.

D’ailleurs, lorsqu’on lui défendit, sous le Siège, de publier un dessin qui représentait Villemessant, directeur du Figaro, sous les traits d’un proxénète et d’un espion, il protesta vivement : « Suivant cette esthétique originale de la Nouvelle Jérusalem, il ne resterait plus aux caricaturistes que le paysage. »

En 1871, il fonde la Caricature politique, dont le premier numéro paraît le 8 février. Sa production graphique de l’Année terrible comprend plus de 50 pièces.

Le caricaturiste a ainsi réalisé une série intitulée Avant, pendant et après la Commune, dont les dessins sont datés de 1870 et 1871, mais n’ont été publiés qu’en 1879, lors de son exil en Angleterre.

À première vue, on pourrait penser que Pilotell a réussi à concilier activité artistique personnelle et action politique. Mais en regardant de près les images qu’il a publiées et la chronologie de ses fonctions, on s’aperçoit que la dernière charge qu’il a donnée est celle qui parut le 23 mars 1871 dans le sixième et dernier numéro de son journal satirique, après que de nombreux numéros furent saisis et que la publication en fut suspendue le 11 mars précédent sur une décision du général Vinoy.

Alors même que son médium était l’objet d’une formidable inflation pendant la Commune, Pilotell, tout comme André Gill, troqua son activité graphique contre l’action politique.

Il semble qu’il y eut, sur ce point, une véritable dichotomie entre ces deux conceptions de l’engagement, alors même que la caricature, facile et rapide d’exécution, était le support idéal pour servir la cause révolutionnaire.

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« Détail du 1854 dans la ceinture »

En février 1871, dans la deuxième livraison de la Caricature politique, Pilotell avait d’ailleurs publié une lettre que lui avait adressée Felix Pyat et qui rappelait la dimension combative de cette imagerie : « Les temps sont devenus sombres et mauvais pour rire ! Mais souvenez-vous que la satire est l’arme vengeresse ; que les toniques sont amers ! (…) Le plus sublime des peintres, Michel-Ange lui-même, n’a pas dédaigné la caricature, même dans son terrible Jugement dernier, montrant tous les vices, tous les crimes de la tyrannie royale et papale, luxure, avarice et cruauté sous les traits des papes et des rois de son temps (…). »

Mais de fait, cette appréhension de la caricature comme image engagée dans le combat fut peu effective chez les dessinateurs lors de la Commune.

Dès lors, Pilotell abandonna le dessin politique pour se consacrer à ses nouvelles fonctions. Le 26 mars 1871, le jour même des élections de la Commune et avant que la Fédération des artistes ne soit instituée, Pilotell se nomme délégué en chef des Beaux-Arts et s’installe au musée du Luxembourg, prétendant avoir reçu le soutien des autorités communalistes. Une prise de fonction d’ailleurs considérée par Gustave Courbet comme une usurpation. Pilotell répliqua sèchement qu’il avait pris ces fonctions puisque personne ne les occupait au 18 mars, se prévalant ainsi d’un engagement rapide et bien antérieur à celui de Courbet. Quand ce dernier prit la tête de la Fédération des artistes et que celle-ci fut dotée d’instances, Pilotell fut contraint d’abandonner, début avril 1871, les fonctions et le titre qu’il s’était attribués.

« Dessin de sa nouvelle fonction de Commissaire »

Dans la foulée, et dans les mêmes circonstances, Pilotell s’octroya de nouvelles fonctions : début avril, il fut nommé commissaire spécial de la Commune, chargé des délégations judiciaires et attaché au cabinet de délégué à l’Intérieur. À ce titre, il procéda à des arrestations politiques, celle de Chaudey notamment, accusé d’avoir fait tirer sur la foule le 22 janvier 1871.

Mais rapidement, le vent tourne.

Le 23 avril, Pilotell est lui-même accusé d’exactions et révoqué, mais la Commune spécifia que ces négligences de forme n’entachaient en rien son honorabilité.

En mai, il réussit à s’enfuir et se réfugie à Genève au début de l’année suivante.

Il en est expulsé en juillet 1873 et rejoint ensuite Bruxelles, La Haye, Rotterdam avant de se fixer en Angleterre, où il gagna sa vie en dessinant dans des journaux de mode.

Le 9 janvier 1874, il est condamné par contumace à la peine de mort par le troisième conseil de guerre.

Pilotell décède à Londres le 23 juin 1918.

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« Dos de la photo »

Sources:

  • Photos : Archives de l’auteur
  • Archives de la Vienne.
  • La BNF
  • www.humanite.fr

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