LF 3907 un 1854 en 9 mm.

Revolver Lefaucheux, modèle 1854, le LF 3907

Après acceptation par la Marine, le revolver 1854, est calibré en 12 mm à broche, canon rond. La plupart des modèles 1854 sont avec un pontet rond et talon plat ou avec un pontet repose doigt et le talon en forme « diamant».

2 copie

Le LF 3907 décrit ici est encore en 9 mm à broche, canon octogonal pontet rond et talon en forme de diamant.

Avec le LF 3907 nous sommes vers le mois de Janvier-Février 1858 et le 12 mm ne s’est pas encore complètement imposé

Poinçons et Marquages

Ce revolver comporte que très peu de poinçons et de marquages.

L’ensemble des pièces comporte le numéro « 95 G ».

3 copie

La console droite comporte le marquage « LF 3907 ».

Sur le bras supérieur de la crosse au niveau de la fixation du grand ressort, il y un « P » et un « C ».

Caractéristiques techniques :

Poids à vide : 1030 grammes

Longueur total de l’arme : 300 mm

Longueur du canon : 151 mm

Calibre : Octogonal sur toute la longueur avec un guidon surmonté d’un grain d’orge.

  • Intérieur du canon : Rayé de 4 rainures larges, tournant vers la droite.
  • Entrée : 9.1 mm / 9.4 mm
  • Sortie : 8.8 mm / 9.1 mm

Fixation du canon : vissé sur l’axe central et maintenu par une vis à l’embase par le pontet

Embase de la cage du barillet :

  • Largeur : 17.9 mm / 18.9 mm
  • Epaisseur : 7.6 mm / 9.2 mm

Fixation du socle à la carcasse : par 3 vis.

Mécanisme : Simple Action uniquement.

Barillet : 6 coups, 9 mm à broche

  • Entrée drageoir : 10.3 mm
  • Sortie drageoir : 9.4 mm
  • Diamètre : 40.3 mm
  • Longueur: 32.9 mm et 39.5 mm avec le rochet et anneau
  • Arrêtoirs : de 8 à 9.7 mm / 2.3 mm

Culasse :

  • Diamètre : 49.2 mm
  • Epaisseur du bord : 8.2 mm
  • Epaisseur au centre : 18 mm

Grand ressort : Plat, fixé par une grosse vis à la base du bras inférieur.

5 copie

6 copie

Chien : Type réglementaire, tête arrondi avec les côtés plat et une entaille pour prendre la visée.

Ressort de rappel de détente : Plat, placé à l’arrière de la détente.

Pontet : Type rond.

4 copie

Talon : De forme ovale en forme de « diamant » se terminant avec un anneau. Solidaire au bras supérieur et fixé par une vis au bras inférieur.

Baguette d’éjection : En forme de « tête de clou» permettant de repousser les douilles hors du barillet.

Plaquettes : 2 pièces en bois tenue par une grande vis traversant de part en part la crosse.

1 copie

Arme en grande partie ciselée de fougères et de feuilles.

© et ® Lefaucheux Mai 2015

LF 272 – 9 MM

Lefaucheux LF 272 selon le Brevet 019380 du 4 Novembre 1854, 1er addition.

Introduction :

photo 26

Il est fort probable que le revolver présenté sur le dessin du Brevet d’Invention 019380 du 15 avril 1854 n’ait jamais existé ou seulement à l’état de prototype.

Personnellement je ne crois pas qu’Eugène Lefaucheux ait voulu plagier Samuel Colt, mais en tant que gamin de 20/22 ans il l’admirait profondément.

Quoi de plus normal que de prendre son « héros » comme exemple.

Eugène a juste pris le revolver de Samuel Colt comme exemple pour expliquer et fixer ses idées.

L’affirmation ci-dessus prend tout sa force en lisant bien le Brevet Initial d’Eugène.

Tout est dit par les premiers mots dans ce résumé ….. « l’idée et les moyens »

Puisque dans le résumé du Brevet d’Invention 019083 du 15 Avril 1854 on peut lire :

« La présente intervention comprend :

1° l’idée et les moyens de réalisation pour arriver à charger les armes à rotation (fusils ou pistolets) sur la culasse en employant les cartouches Lefaucheux, ce qui dispense des opérations diverses du chargement, lesquelles ont toujours l’inconvénient d’être longues, difficiles, surtout lorsqu’il fait froid et humide.

2° la possibilité de décharger les armes sans brûler les amorces, avec un mécanisme simple et peu coûteux. Il est presque impossible de décharger les armes chargées par la baguette, mais en supposant cette possibilité, c’est toujours une opération longue et pénible, qui ne s’effectue qu’aux dépens de la balle qui est hachée ou morcelée, sans préjudice des pertes ou détérioration de la poudre . »

Ressemblant fortement au revolver Colt, Eugène Lefaucheux a dû (très rapidement après le dépôt du premier brevet, probablement avec les conseils avisé de M.M. Bigot et Binard) travailler sur une nouvelle présentation du modèle 1854.

Ce qui donnera lieu au dépôt de brevet du 4 Novembre 1854, dont le modèle présenté ici est très proche.

C’est cette seconde mouture en 9 mm qui sera présentée aux essais de la Marine, contre le Colt et l’Adam.

Dans le rapport du 16 septembre 1854 de la Commission de Marine de Vincennes, on peut lire :

« La 3e section, en vue de mieux connaître la valeur de cette arme, a l’honneur de proposer au conseil d’émettre l’avis : »

« Qu’il y aurait bien d’admettre deux des pistolets revolvers Lefaucheux dans les expériences comparatives qui doivent être faites à bord de l’Uranie sur les pistolets Colt et Adams »

Ainsi que le 31 mai 1855 dans un rapport de la Commission d’expérience du vaisseau « Le Suffren » sur les pistolets revolvers :

« Que les systèmes Colt et Adams doivent être rejetés ».

« Que le pistolet Lefaucheux doit être adopté, mais seulement avec des modifications et un grand soin dans l’exécution. »

« Les modifications du pistolet Lefaucheux jugées nécessaires par la Commission sont :

1° Un calibre plus fort (celui du système Adams paraît suffisant , 12 mm )

2° Un abaissement de la crête du chien pour permettre d’armer plus facilement d’une seule main.

3° Une grande simplicité de formes extérieures ; suppression des angles et garnitures inutiles afin d’alléger l’arme et d’en faciliter l’entretien

4° La crosse terminée par un anneau. »

Ce sont ces modifications qui donneront naissance au modèle 1854 / 1858 que nous connaissons tous.

Description du LF 272 :

Voici probablement un des  premiers modèles 1854 fabriqué par Eugène Lefaucheux .

Fabriqué dans les ateliers du 37 rue Vivienne à Paris mais commercialisé par Lepage Frères à Paris.

L’arme est réalisés selon les modalités du brevet 019083, 1ère addition du 4 novembre 1854 mais avec déjà pas mal d’évolution .

On remarquera la crête du chien très haute et la culasse en « chapeau chinois ».

9 - LF 272

Un canon très long , 9 mm à broche, octogonal d’un bout à l’autre et l’intérieur « non-rayé ».

7 - LF 272

La plaque comportant le pontet n’est reliée à la carcasse que par deux vis. Sur les modèles suivants il y aura 3 vis.

4 - LF 272

Le talon de la crosse est en diamant, se terminant par une pointe, ultérieurement ce sera un anneau.

Sur le canon des légères gravures de lianes et de feuilles.

10 - LF 272

Néanmoins le boulier de la culasse à pris un diamètre supérieur afin de protéger les ergot des balles à broches.

La baguette extraction est en forme de tête de clou et non plus en « L ».

Le blogage

Caractéristiques du LF 272

Longueur totale de l’arme : 330 mm

Canon de forme octogonale d’une longueur : 190 mm

Avec un guidon en triangle surmonté d’une boule.

Intérieur « non-rayé »

13 - LF 272

Le canon se visse sur l’axe central, la carcasse est reliée au canon par la console et maintenue par une gros vis, pour donner une bonne solidité à l’ensemble

Barillet : 6 coups à broche

12 - LF 272

Calibre : 9 mm

Diamètre : 40 mm

Longueur : 32 mm

11- LF 272

Culasse épaisse formant un « chapeau chinois » avec une profonde échancrure sur la droite formant la portière de chargement, avec ressort de fermeture.

Epaisseur : 18 mm

Baguette d’éjection de douilles. (ici manquante)

Les plaquettes en bois prenant appui sur les deux bras de la carcasse de crosse, sont maintenues en place par une vis au centre.

Pontet avec repose doigt

Mécanisme en Simple Action, c’est-à-dire que l’armement se fait par l’intermédiaire du chien qu’on tire en arrière.

L’armement du chien, entraîne une rotation 1/6 de tour du barillet par le doigt élévateur et présente une balle en parfait alignement avec le canon

Le déclenchement du coup de feu se fait en exerçant une pression sur la détente.

Marquages et poinçons :

Sur le dessus du canon :

8 - LF 272

Est encore partiellement lisible : « Lepage frères à Paris 12 rue d’Enghien »

2 - LF 272

Sur la console gauche : LF 272 avec le revolver brisé.

Sous les plaquettes, sur la carcasse le n° 9 , probablement une relation avec le calibre.

Sur l’ensemble des pièces : 55

LF 247 - 7_modifié-1

© et ® Lefaucheux 2011

LF 247 – 9 MM

Lefaucheux LF 247 selon le Brevet 019380 du 4 Novembre 1854, 1er addition.

Introduction :

Il est fort probable que le revolver présenté sur le dessin du Brevet d’Invention 019380 du 15 avril 1854 n’ait jamais existé ou seulement à l’état de prototype.

LF 247 - 1_modifié-1

Personnellement je ne crois pas qu’Eugène Lefaucheux ait voulu plagier Samuel Colt, mais en tant que gamin de 20/22 ans il l’admirait profondément.

Quoi de plus normal que de prendre son « héros » comme exemple.

Eugène a juste pris le revolver de Samuel Colt comme exemple pour expliquer et fixer ses idées.

L’affirmation ci-dessus prend toute sa force en lisant bien le Brevet Initial d’Eugène.

Tout est dit par les premiers mots dans ce résumé ….. « L’idée et les moyens »

2 LF 54 BREVET DU 15 AVRIL 1854 1 addition nov 54

Puisque dans le résumé du Brevet d’Invention 019083 du 15 Avril 1854 on peut lire :

« La présente intervention comprend :

1° l’idée et les moyens de réalisation pour arriver à charger les armes à rotation (fusils ou pistolets) sur la culasse en employant les cartouches Lefaucheux, ce qui dispense des opérations diverses du chargement, lesquelles ont toujours l’inconvénient d’être longues, difficiles, surtout lorsqu’il fait froid et humide.

2° la possibilité de décharger les armes sans brûler les amorces, avec un mécanisme simple et peu coûteux. Il est presque impossible de décharger les armes chargées par la baguette, mais en supposant cette possibilité, c’est toujours une opération longue et pénible, qui ne s’effectue qu’aux dépens de la balle qui est hachée ou morcelée, sans préjudice des pertes ou détérioration de la poudre. »

Ressemblant fortement au revolver Colt, Eugène Lefaucheux a dû (très rapidement après le dépôt du premier brevet, probablement avec les conseils avisé de M.M. Bigot et Binard) travailler sur une nouvelle présentation du modèle 1854.

LF 247 - 2_modifié-1

Ce qui donnera lieu au dépôt de brevet du 4 Novembre 1854, dont le modèle présenté ici est très proche.

C’est cette seconde mouture en 9 mm qui sera présentée aux essais de la Marine, contre le Colt et l’Adam.

Dans le rapport du 16 septembre 1854 de la Commission de Marine de Vincennes, on peut lire :

« La 3e section, en vue de mieux connaître la valeur de cette arme, a l’honneur de proposer au conseil d’émettre l’avis : »

« Qu’il y aurait bien d’admettre deux des pistolets revolvers Lefaucheux dans les expériences comparatives qui doivent être faites à bord de l’Uranie sur les pistolets Colt et Adams »

Ainsi que le 31 mai 1855 dans un rapport de la Commission d’expérience du vaisseau « Le Suffren » sur les pistolets revolvers :

« Que les systèmes Colt et Adams doivent être rejetés ».

« Que le pistolet Lefaucheux doit être adopté, mais seulement avec des modifications et un grand soin dans l’exécution. »

« Les modifications du pistolet Lefaucheux jugées nécessaires par la Commission sont :

1° Un calibre plus fort (celui du système Adams paraît suffisant , 12 mm )

2° Un abaissement de la crête du chien pour permettre d’armer plus facilement d’une seule main.

3° Une grande simplicité de formes extérieures ; suppression des angles et garnitures inutiles afin d’alléger l’arme et d’en faciliter l’entretien

4° La crosse terminée par un anneau. »

Ce sont ces modifications qui donneront naissance au modèle 1854 / 1858 que nous connaissons tous.

Description du LF 247 :

Voici un des premiers modèles 1854 fabriqué par Eugène Lefaucheux et commercialisé par ses propres moyens.

LF 247 - 3_modifié-1

Le LF 247, est réalisé selon les modalités du brevet 019083, 1ère addition du 4 novembre 1854 mais déjà avec de nombreuses modifications.

On remarquera la crête du chien très haute et la culasse en « chapeau chinois ».

LF 247 - 4_modifié-1

Un canon très long, 9 mm à broche, octogonal d’un bout à l’autre et l’intérieur « non-rayé ».

La plaque comportant le pontet n’est reliée à la carcasse que par deux vis.

Sur les modèles suivants il y aura 3 vis.

Le talon de la crosse est en diamant, se terminant par une pointe, ultérieurement ce sera un anneau.

Néanmoins le bouclier de la culasse est déjà plus grand que le diamètre du barillet.

Les arrêtoirs sont positionnés sur le pourtour extérieur du barillet et non plus à l’intérieur.

L’arme ne présente aucun ornement ou gravure.

Caractéristiques du LF 247

Longueur totale de l’arme : 330 mm

Canon de forme octogonale d’une longueur : 190 mm

Avec un guidon en triangle surmonté d’une boule.

Intérieur « non-rayé »

Le canon se visse sur l’axe central, la carcasse est reliée au canon par la console et maintenue par une gros vis, pour donner une bonne solidité à l’ensemble

Barillet : 6 coups à broche

Calibre : 9 mm

Diamètre : 40 mm

Longueur : 32 mm

Culasse épaisse formant un « chapeau chinois » avec une profonde échancrure sur la droite formant la portière de chargement, avec ressort de fermeture (portière manquante).

Epaisseur : 18 mm

Baguette d’éjection de douilles.

Les plaquettes en bois prenant appui sur les deux bras de la carcasse de crosse, sont maintenues en place par une vis au centre.

Pontet avec repose doigt

Mécanisme en Simple Action, c’est-à-dire que l’armement se fait par l’intermédiaire du chien qu’on tire en arrière.

L’armement du chien, entraîne une rotation 1/6 de tour du barillet par le doigt élévateur et présente une balle en parfait alignement avec le canon

Le déclenchement du coup de feu se fait en exerçant une pression sur la détente.

Marquages et poinçons :

Sur le dessus du canon :

LF 247 - 5_modifié-1

Est encore parfaitement lisible : « INVon E. LEFAUCHEUX BRte PARIS»

LF 247 - 8_modifié-1

Sur la console gauche : LF 247 avec le revolver brisé.

Sous les plaquettes une étoile.

Dans l’échancrure de la portière : 12

LF 247 - 6_modifié-1

Sur l’ensemble des pièces : 38

© et ® Lefaucheux, mai 2016

LF 28 – 9 MM

Un Lefaucheux, modèle 1854, le LF 28

DSC_0269 copie

Après la mort de Casimir, le 9 Août 1852, son épouse reprend la suite de l’affaire, puisque la fortune laissée par son mari ne lui permet pas d’en vivre tranquillement.

site 2

Eugène Lefaucheux habite au 37 rue Vivienne et travaille dans les ateliers sous les ordres de sa mère afin de subvenir à ses besoins, il n’a que 20 ans.

C’est aussi l’endroit idéal pour peaufiner son projet de revolver qu’on appellera par la suite le « modèle 1854 » qui va faire sa réputation mondiale.

Le 15 avril 1854 il dépose, grâce à l’aide financière de Mrs Bigot et Binard, ses futurs associés, son premier brevet, le brevet N° 019380.

Pour ce faire, il leur emprunte 1400 frs après avoir essuyé un refus retentissant de la part de sa mère.

Ce refus est aussi un signal clair qu’il ne pourra pas compter sur elle pour ses futurs projets.

Le revolver sur le dessin est indéniablement un Colt, dont Eugène Lefaucheux a percé le barillet de part en part pour pouvoir y loger les balles à broche, dont le principe a été inventé par son père en janvier 1835.

L’idée de percer le barillet de part en part est là aussi une idée issue des ateliers de son père, (en 1846) avec la fameuse poivrière elle-même sur la base d’une Mariette.

Eugène creuse la culasse et l’additionne d’une portière de chargement ainsi que d’une « targette », à l’avant du barillet, montée sur deux vis et officiant comme baguette d’éjection.

Enfin, il modifie la tête du chien pour pouvoir venir frapper la broche de la balle.

Ce premier brevet ne fait finalement que protéger:

«l’idée et les moyens de réalisation pour arriver à charger les armes à rotation (fusils ou pistolets) sur la culasse en employant les cartouches Lefaucheux»

Cette arme n’a probablement existé que sous forme de prototype et de ce fait, n’a jamais été commercialisée.

Fier de son invention, Eugène Lefaucheux va proposer son idée de revolver à cartouches métalliques à la Marine qui débute des recherches afin de moderniser son armement.

Le 16 septembre 1854, celle-ci accepte que l’arme participe aux essais comparatifs à bord de l’Uranus, à côté de Colt et d’Adam.

Eugène Lefaucheux doit maintenant passer à l’étape de la réalisation afin de matérialiser l’idée exprimée dans le brevet du 15 avril 1854.

Le résultat est l’addition au brevet du 4 Novembre 1854.

site 1

Le revolver s’est «Européanisé» en perdant ses formes angulaires brutes, pour des rondeurs plus harmonieuses.

LF 28 - 4_modifié-1

La «targette» est devenue une «baguette», le chien a fait une cure d’amaigrissement, la portière de chargement prend un ressort de fermeture et Eugène y rajoute un mécanisme de blocage de barillet pour l’armer.

C’est ce modèle qu’il présentera aux essais du 23 décembre 1854 sur Le Suffren et qui, après de multiples modifications, donnera le premier revolver réglementaire à balles métalliques et par la même occasion, fera la fortune et la gloire d’Eugène Lefaucheux.

Le revolver qui sert de support à cet article est issu du brevet du 4 Novembre 1854.

Le début du revolver 1854.

Le LF 28 que vous avez sous les yeux est très probablement un des premiers, jusqu’à preuve du contraire, sinon le premier revolver modèle 1854 sorti des ateliers d’Eugène Lefaucheux, disons plutôt des ateliers de sa mère.

Il est en tout point identique au dessin du brevet.

Ce revolver a été fabriqué au 37 rue Vivienne à Paris, puisque, comme nous avons pu le lire plus haut, Eugène œuvre encore là-bas.

Ce n’est qu’en 1856 qu’il quitte cette adresse pour le 9 rue Lafayette et c’est en 1860 qu’il s’établit au 104 de la même rue (renuméroté 194 par la suite).

L’ensemble des revolvers « modèle 1854 » que j’ai pu observer à ce jour porte le marquage LF sur la console droite entre le pontet et le barillet.

LF 28 - 3_modifié-1

Chose exceptionnelle, le numéro du LF 28 est frappé sur le pan droit du canon ; autre exception c’est que l’arme est frappée « LEFAUCHEUX » au lieu de « E. LEFAUCHEUX ».

LF 28 - 5_modifié-1

Cette frappe sans « E » et l’emplacement du numéro LF voudraient dire que l’arme a été fabriquée avant la création de la première société « E. LEFAUCHEUX et Cie. ».

Eugène Lefaucheux crée avec l’aide de Messieurs Bigot et Binard cette première société le 14 janvier 1855.

site 3

site 4

Avec le LF 89, le LF 247 et le LF 272, j’étais persuadé qu’on était très proche du brevet du 4 novembre 1854, mais on pouvait déjà observer des modifications par rapport au dessin, comme :

  • Une baguette ordinaire à l’ensemble des revolvers Lefaucheux, c’est-à-dire à       bout rond.
  • Les arrêtoirs de blocage sur le pourtour extérieur du barillet.
  • Un chapeau chinois à l’arrière de la culasse, très incurvé.
  • Un diamètre de culasse supérieur à celui du barillet (pour une protection des ergots des balles).

Même le LF 73 et LF 89 nous montre déjà ses évolutions par rapport au dessin du brevet.

A ce jour, je n’ai pas encore pu observer d’autre revolvers « modèle 1854 » du même type entre le LF 28 et le LF 73 .

Le LF 28 est une arme 100 % identique, jusqu’au plus petit détail, au dessin du brevet du 4 novembre 1854 ;

LF 28 - 14_modifié-1

  • La culasse incurvée, de la même dimension que le barillet.
  • La baguette d’éjection en L.
  • La goupille de blocage du barillet qui vient se loger dans des encoches, à l’arrière de ce dernier.
  • Le barillet plat sur le devant à l’instar du barillet du Colt (même celui du LF 89 a déjà la forme ordinaire de l’ensemble des « 1854 » avec la « bague » qui fait la jonction entre le barillet et le canon)
  • La portière de chargement munie du ressort de fermeture.
  • La crosse équipée de la pointe « casse-tête ».

LF 28 - 6_modifié-1

Le LF 28 est une arme extrêmement dangereuse puisque le barillet a le même diamètre que la culasse.

LF 28 - 9_modifié-1

LF 28 - 8_modifié-1

Ce qui veut dire que les broches des balles dépassent le bord de la culasse et n’offrent aucune protection lors d’une chute ou choc accidentel de l’arme.

C’est la première très grande modification qu’Eugène Lefaucheux doit apporter à son arme avant de pouvoir poursuivre les expérimentations avec la Marine.

A ce sujet, on peut lire dans un rapport de la Marine, daté du 1e juin 1855, concernant les essais qui ont eu lieu sur le Suffren (et pas sur l’Uranus, comme initialement prévu) entre Colt, Adams et Lefaucheux, le 23 décembre 1854 :

« Depuis ces expériences, Mr Lefaucheux a présenté deux pistolets ayant un bourrelet pour préserver les tiges capsules des chocs extérieurs, lorsque le pistolet est chargé.

Cette modification avait tout d’abord été jugée indispensable.

Ces pistolets ont bien fonctionné et ont donné une pénétration suffisante ».

En lisant les lignes extraites du rapport ci-dessus, on peut éventuellement en conclure que le LF 28 aurait été fabriqué avant la date du 23 décembre 1854, puisqu’il présente le « défaut » signalé dans ledit rapport et qui aurait été corrigé très vite après le début des essais.

On peut donc le situer dans le temps entre le début Novembre et la fin Décembre 1854.

Marquages et Poinçons

Le revolver LF 28 ne comporte que très peu de poinçons et de marquages et ils sont tous situés, sans exception, sur le canon :

Sur le dessus : « Inv. Lefaucheux à Paris »

Sur le pan droit : « Inv. Lefaucheux breveté 28 LF » avec au-dessus du LF un pistolet brisé.

Caractéristiques techniques :

Poids à vide : 992 grammes

Longueur totale de l’arme : 330 mm

Longueur du canon : 194 mm

LF 28 - 19_modifié-1

Calibre : octogonal sur toute la longueur avec un guidon surmonté d’un grain d’orge.

Intérieur du canon :

  • Très curieusement le canon est rayé de 4 rainures larges, tournant vers la droite, probablement ultérieures à la fabrication, puisque l’ensemble des revolvers de cette « 1ère série » sont en 9 mm canon lisse. Il faudra attendre Février 1856 et le LF 319 (testes de la Marine) pour voir apparaître des « modèle 1854 » à canon rayé en 12 mm.
  • Entrée : 9 mm / 9.3 mm
  • Sortie : 8.7mm / 9 mm

LF 28 - 12_modifié-1

LF 28 - 11_modifié-1

Fixation du canon : vissé sur l’axe central et maintenu par une vis à l’embase par le pontet

Embase de la cage du barillet :

  • Largeur : 16.7 mm
  • Epaisseur : 10.5 mm / 12 mm

Fixation du socle à la carcasse : par 2 vis.

Mécanisme : En Simple Action uniquement.

LF 28 - 15_modifié-1

LF 28 - 18 modifié-1 LF 28 - 16_modifié-1

Barillet : à 6 coups, 9 mm à broche

  • Entrée drageoir : 9.7 mm
  • Sortie drageoir : 9.1 mm
  • Diamètre : 38.4 mm
  • Longueur: 32.1 mm et 34.8 mm avec le rochet
  • Encoches de blocage : au nombre de 6 d’une longueur de 7.5 mm

Culasse :

  • Diamètre : 38.7 mm
  • Epaisseur du bord : 7.7 mm
  • Epaisseur au centre : 20.4 mm

LF 28 - 21_modifié-1 LF 28 - 20_modifié-1

Grand ressort : Plat, fixé par une grosse vis à la base du bras inférieur.

LF 28 - 23_modifié-1

Chien : A crête très relevée et tête en demi-cercle, avec une entaille en V pour prendre la visée.

Ressort de rappel de détente : En L, placé sur la gauche et passant par le devant (par la suite, ce sera un ressort méplat situé à l’arrière de la détente).

Pontet : Type repose doigt.

Talon : En ovale en forme de « diamant » se terminant en pointe type « Casse-tête ».

Solidaire au bras supérieur et fixé par une vis au bras inférieur.

Baguette d’éjection : En forme de « L » se terminant par une pointe arrondie permettant de repousser les douilles hors du barillet (très rapidement la baguette prendra la forme qu’on retrouvera sur l’ensemble des modèles Lefaucheux).

Plaquettes : 2 pièces en bois quadrillé tenues par une grande vis traversant de part en part la crosse.

Arme en grande partie ciselée de lianes et de feuilles.

Sources :

  • INPI pour le dessin de brevet du 4 novembre 1854.
  • Archives de Gérard Lautissier pour l’extrait du rapport du 1 juin 1855.
  • « Eugène Lefaucheux ou l’apothéose de la saga familiale »

éditions « Crépin-Leblond » 2013.

© et ® Lefaucheux 2016